“VIVANTS DE NOM”
Une redif’ de circonstance… ( certes enrichie de photos) pour cause de ” crise en thèmes ” ? Non, mais par manque de temps pour concocter et publier de nouveaux articles. Et ce, pour un bon moment…
“Vivants de nom” : voilà un jeu de mots qu’apprécieront ceux qui connaissent l’auteur de “Point de Lendemain“, son oeuvre la plus célèbre, dont le titre est également de circonstance ! Voici donc un article consacré aux cimetières ; qu’on se rassure, ce n’est pas triste du tout !
La preuve ( lire le “sous-titrage” ! ) :

Article garanti sans feux-follets, sans fantômes, ni sorcières, ni citrouilles.
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Vivants … de nom

” Rendre l’âme. Oui, mais à qui ?.. “ (Serge Gainsbourg)
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A la différence de Jean-Marie Bigard disant (du temps qu’il était encore drôle et lucide) à propos des cimetières, qu’il y ressent ” la désagréable impression de visiter un appartement témoin”, Annie et moi aimons, à l’occasion, visiter ces lieux. Ce qui peut surprendre, si l’on perçoit dans cet intérêt une sorte de délectation morbide.

Point du tout. Peut être avons nous été fascinés dans notre enfance par l’extraordinaire cimetière du Père-Lachaise où nous allions de temps en temps (séparément à l’époque !) en compagnie de nos parents respectifs. Il faut dire que ma mère allait régulièrement fleurir la tombe d’Allan Kardec, maître du Spiritisme - la plus visitée encore actuellement, avec celle de Jim Morrisson - et je l’accompagnais volontiers même si je ne croyais pas aux “esprits” !
Paradoxalement, les cimetières , du moins ceux où ne sont pas “mes” morts, font partie des lieux où je me sens le plus vivant. Non pas “appartement témoin”, donc, mais espace de méditation où le fameux ”carpe diem” acquiert une densité particulière.
Lieu paisible aussi, où le repos éternel des uns accompagne le repos de l’esprit des visiteurs, parenthèse de silence et de paix loin de l’agitation et de la monstreuse violence d’un siècle en perdition.
On y devine la vie des gens, on s’étonne de la modestie de certaines tombes de grands hommes (Colette, Desproges, Petrucciani), de l’orgueil dérisoire de riches disparus .

La reconnaissance à l’égard des génies s’ y exprime sous forme de belles sculptures, comme pour Auguste Comte, Chopin ou … Vivant Denon !..

… ou de modestes mais touchants objets symboliques, tels les tickets ( qu’on ne poinçonne plus depuis “belle heurette” ) dont s’orne en permanence la tombe de Gainsbourg.
On peut aussi y glaner d’ étonnantes épitaphes , comme celle gravée sur la tombe du peintre Pascin, à Montparnasse :
”Au prince des trois Monts :
Montmartre, Montparnasse et Mont de Vénus“.
Ou y saisir des images insolites :


Les cimetières, tels ceux de Montmartre, de Montparnasse et du Père-Lachaise, nous permettent aussi de côtoyer, si l’on peut dire, des gens que l’on n’aurait pu rencontrer de leur vivant ***, avec le regret de ne pas pouvoir engager la conversation ! Mais en présence de leur tombe, il se produit comme une mystérieuse communication ; indéniablement “il s’y passe quelque chose”…
On flâne dans le labyrinthe des allées et l’on regrette que telle jeune femme si vivante et si belle sur la photo jaunie ne soit plus. Parfois, au contraire le visage du vivant semble déjà mort. ”Je vous avais bien dit que j’étais malade ! ” avait fait graver en guise d’épitaphe je ne sais plus quel humoriste. W.C. Fields, peut-être.
Et puis, quoi de plus émouvant que ces couples unis à jamais, égaux pour l’éternité :

Egaux ? Enfin, presque. Sauf quand le macho méditerranéen pointe encore son nez :

Et l’on est bouleversé par les tombes d’enfants, souvent ornées de statuettes d’anges dont on pardonne le goût discutable , car on les perçoit comme l’ émouvant témoignage de l’indicible douleur des parents.
Sans compter que la statuaire funéraire peut se révéler fort intéressante . Si vous allez à Milan, ne manquez pas de voir le célèbre cimetière monumental, il vaut quasiment le voyage. Mais il y aussi de belles choses dans les cimetières français :

J’ai toujours été fasciné par l’érotisme de certains de ces monuments, ce qui peut paraître incongru en ces lieux. Alliance d’Eros et de Thanatos chère à Bataille (pas celui de la télé !) et qui m’a plutôt laissé sceptique . Mais en ces lieux, selon l’humeur ou le tempérament, cela peut nous convaincre de la vanité des plaisirs ou nous inciter à en profiter. Je préfère de loin cette dernière interprétation !
*** Il y a, nous concernant, une exception, puisque Annie et moi avons eu la chance de converser longuement avec Desproges autour d’une fondue bourguignonne (lui qui ne jurait que par le bordeaux !) en février 88, quelques semaines avant sa disparition. Souvenir inoubliable raconté dans un long article que connaissent les fidèles lecteurs de ce blog ; si ce n’est pas le cas, vous le trouverez sous le titre “Desproges m’a dit” en cliquant sur le lien suivant : http://charliebtds.wordpress.com/2008/04/11/desproges-ma-dit-le-25-fevrier-1988/
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Le père-Lachaise, j’y ai passé quelques heures du temps où j’étais parisienne. Et le Kardec dont tu parles, c’est celui dont le corps gisant montre un endroit fort poli par les nombreux, heu, frottements … ?
Chananna, la statue en question est celle du journaliste Victor Noir, assassiné à l’âge de 21 ans, suite à un conflit avec un neveu de l’Empereur . Sa statue de gisant, fort réaliste, est l’objet d’une dévotion particulière,comme en témoigne l’usure de certaines parties en relief , le nez et -comme tu dis si bien- un « endroit fort poli » que la politesse m’empêche de préciser…! On dit que certaines femmes espèrent ainsi favoriser une fécondité qui tarde à porter ses fruits.
Les pieds de la statue de Saint-Pierre, au Vatican, sont « polis » de la même manière, à force de pieux attouchements, mais en vue d’autres effets, je suppose… Chacun son truc !
Bises, Chananna. Merci pour cette visite et ce commentaire.
Mais ouiii !!! Le Noir … Quelle oublieuse ! Merci de la précision Charlie. J’espère que tout va bien pour toi aussi.
J’ai même vu une famille Brazil au Père Lachaise, du wisky sur la tombe de Morrison et la simplicité de Desproges m’a troublé. J’ai beaucoup aimé cette ballade et je compte bien y retourner, mais pas pour toujours.
Whisky avec un h, on n’est pas dans le Pas de Calais tout même.
bon ok c’est peut être pas le bon billet pour faire la fête mais t’y auras droit quand même !!
BON ANNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIVERSAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIRE CHARLIIIIIIIIIIIIIIIIIIE !!!
bises
SylB
Pourquoi pas, il suffira de boire une bière “Mort Subite” à la place du champagne.
Merci beaucoup, Sylvie.
Bises
Bon anniv !
J’aime bien la photo “poubelle” – beaux souvenirs pour moi aussi de dimanches “à la campagne” quand j’étais encore “parisien”. Merci pour cette visite des lieux – par ailleurs, je partage pleinement ton aparté concernant Môssieur Bigaaaard…
Je me dépêche tant que nous ne sommes pas encore en décembre !!! Je ne me sauis jamais promené dans ces cimetières dont tu parles, je le ferai lors de ma prochaine visite parisienne, ton article m’y incite ! Je suis allée au cimetière de Sète sur la tombe de Paul Valéry… un peu laissée à l’abandon…
A bientôt Charlie ! Bon dimanche ! Bises à vous deux !