L’oeil du scorpion à Paris (3) Belleville

 
L’oeil du Scorpion à Paris.
 
 
 Acte III
 
 
Belleville 
 

  

Lorsqu’il m’arrive de passer rue du Général-Lassalle, devant mon école maternelle et mon école primaire, je retrouve des impressions d’ il y a 50 ans (eh oui !) et  j’ai un bref instant l’illusion que rien n’a changé. Mais il suffit de parcourir quelques dizaines de mètres et c’est Chinatown…

La communauté asiatique  a "trusté"  la  partie haute de  la rue de Belleville, mais le quartier n’ a  ni le charme, ni  le pittoresque  de ceux de Vancouver ou de San Francisco. C’est une suite de magasins et de restaus  plutôt minables dont seul le nom pourrait faire rêver :

 

Une chose est sûre : ces deux-là ne sont pas des Coréens du Nord.

—–

 Un Turc  a  quand même réussi à se maintenir,  sans doute très fort le Turc,  conformément à  l’expression convenue, pour résister aux pressions qui s’exercent  sur les "étrangers" dans ces quartiers ultra-communautaires:

Peut-être que ses voisins, victimes  de l’ apprentissage de la lecture  chinoise par méthode globale, ont cru lire "Asian" au lieu d’"Aslan" .

A moins qu’il ne s’agisse d’un faux Turc aux yeux bridés, puisque, comme chacun ne le sait pas,  pratiquement  tous les restaurants  parisiens  prétendûment "japonais" sont  en fait tenus par quelques familles chinoises.


Le quartier ménage quelques surprises. Il faut  explorer certaines  cours  où s’étaient installés, dès le milieu du 19e siècle,  divers ateliers d’artisans, encore très nombreux à Belleville et à Ménilmontant  jusqu’à la fin des années 50.

 

L’entrée n’est pas très engageante, il faut pourtant s’engager…

On voit  alors à quel point ces "territoires" (en jargon ségolènien) sont  devenus des terres de contrastes (comme disent les cons-férenciers de Connaissance du Monde).

Ainsi :

 

Et aussi ceci :  (il ne manque plus que le petit Chaperon Rouge !)

Mais attention,  à Belleville, cet objet archaïque côtoie la modernité.

 La  preuve :

 

… et l’ "art"  qui plaît tant à Jack :

 

Le fait que l’ "artiste" efface "Paname" avec sa peinture merdique  me semble hautement symbolique


Ici, le Mondial, c’est toute l’année.


Plus bas, nous changeons de communauté. Voire de communautarisme… 

Au cas où vous auriez mal lu, c’est  bien une boucherie musulmane !

Et voici une "franco-musulmane" :

 C’est bizarre, cette expression "franco-musulmane", vous ne trouvez pas ? . Il est vrai qu’ elle est  couramment employée dans d’autres contextes, mais je la conteste.

Placer une  nationalité et une religion sur le même plan, c’est  plus que discutable pour un esprit républicain   respectueux des communautés mais   résolument hostile aux communautarismes.


Tout au  fond de la cour du 45 faubourg du Temple, on peut voir aussi ceci, dans la série "contrastes" :

 

… et ça me plaît beaucoup

Et ceci, juste à côté, un  beau clin d’oeil  à Jerôme Bosch  :


Ah, j’oubliais…

 "je m’ souviens d’ mon coin de rue, aujourd’ hui disparu"

J’ habitais tout près des Buttes-Chaumont. Immense terrain de jeux et de mystères, avec son lac et son bateau, son belvédère, sa grotte, son "pont des suicides" et son pont suspendu,  son kiosque à musique, son guignol…  et ses gaufres …  Aragon, fasciné par ces lieux, en a  parlé dans un long chapitre  du Paysan de Paris . A l’époque, c’ était un lieu paisible. Depuis , c’est devenu un territoire où s’affontent les racailles et les communautarismes. 

Mon immeuble se trouvait à deux pas du terrain vague  de la rue du Plateau qui fut le lieu de tournage des studios Gaumont  aux premiers temps du cinéma  . Et qui fut, pour la bande de gamins dont j’étais, un fabuleux "territoire" peuplé de cow-boys  valeureux et de farouches indiens …   

Jouxtant  l’immeuble, qui avait conservé sa porte cochère du 19e siècle,  se trouvait un café tenu par un Auvergnat.  Peu fréquenté, d’ailleurs ( rien à voir  avec l’Assommoir !).   Et je me souviens  de la fille du patron,  l’espiègle Sylvie dont  la voix légèrement rauque me troublait confusément, la copine de la bande, mon premier amour d’enfance.

Au milieu des années 50, toutes les petites gens  de ce quartier  pittoresque furent expulsées,  Tout  fut démoli, et à la place de mon immeuble de trois étages où tout le monde se connaissait, on a construit ce chef d’oeuvre d’ architecture contemporaine…

… où , Dieu merci, je n’ai jamais habité !


Additif     lundi 12

Pour faire plaisir à "Mimi" (c.f.  son com’ ), voici deux photos extraites de Belleville-Ménilmontant   de Willy Ronis ( 1954 /  Réédité récemment avec une préface  de Daenninckx).

 C’est le Belleville de mon enfance… Et celui de Guy Marchand, d’Eddy Mitchell alias Claude Moine.

Pas reluisant, certes, mais tellement "humain" !

© Willy Ronis

Avenue Simon Bolivar

 

© Willy Ronis

 


Pour voir les "épisodes" précédents :

L’oeil du Scorpion à Paris (1)

L’oeil du Scorpion à Paris (2)   


 


Rappel : sauf indication contraire, les textes et photos de cet Espace sont des documents "persos" protégés par contrat Creative Commons.


 

 


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11 commentaires pour L’oeil du scorpion à Paris (3) Belleville

  1. Roland dit :

    Pas mal du tout…
    On a quand même du mal à imaginer le décor de ton enfance…

  2. Charlie dit :

    @mimi
     
    Je n\’ai malheureusement aucune photo  perso  de mon  quartier de l\’époque. Quand tu quitteras ta ligne bleue de Vosges pour la ligne bleue des Alpes, je  te montrerai mon édition  de Belleville-Ménilmontant de Willy Ronis et Pierre Mc Orlan, dans la  (rare)  version originale de 1954,  ça te donnera une idée des lieux.

  3. chananna dit :

    Je la connais bien cette promenade… merci de me rafraîchir la mémoire. Il existe toujours le "Nouiaville" à Belleville ? C\’était un resto chinois dans lequel j\’ai souvent dîné.
    Et ok avec toi à propos de "franco musulman" … ça n\’a aucun sens en effet.

  4. jeanne dit :

    j\’ai habité 1 avenue secretan (face au canal), dans les années 8o pdt deux ans, j\’ai vrament aimé ce quartier. Il est très beau  ce reportage photographique… il aurait été interessant de connaître les raisons qui ont dicté un nom de magasin aussi parlant et peu orthodoxe, je suis presque sûr que le boucher ne voit pas les choses comme nous, peut-être même que pour lui cela signifie une intégration réussie…

  5. Sourire dit :

    J\’avais oublié Les Buttes-CHaumont … amour de jeunessse pendant les années de Fac. Mon parc préféré après les Batignolles.
    Souvenirs, souvenirs …. 

  6. Synell dit :

    Voici un balade…que dis-je une ballade…lapointesque et pénacienne comme je les apprécie…c\’est délicieux, on en redemande… Vos clichés sont sensibles et vos commentaires visent juste, puissiez-vous nous emmener au coeur de ce paris relativement méconnu des provinciaux…qui parfois d\’ailleurs ont horreur de tous les flon-flons, de la valse musette et de l\’ac…
    Bien à vous merci
    Silence

  7. Synell dit :

    PS, j\’oubliais mais mon oeil de lynx greffé a ri de constater qu\’entre les chinois et les turcs, un vétérinaire résiste comme une bête!!!…

  8. Caiçara dit :

    C\’est bon de revenir aux sources du passé…Ola Charlie, scorpion réporter… j\’aime j\’aime j\’aime. J\’ai pas vu de favelas par contre et je suis bien contente! 

  9. fanfan dit :

     
    Des quartiers que je connais bien…. Menilmontant je l\’ai quitté il y a un peu plus de trois ans pour émigrer en Ardèche, mais en Mars dernier je suis allée me promener dans le quartier…
    Les Buttes-chaumont, j\’ai aussi habité tout près, rue de Bretagne …merci j\’ai bien fait de venir 🙂
    Et mon enfance dans le 18ème arrdt, je me souviens de la porte de Clignancourt que l\’on appelait la "Zone", il n\’y avait pas de périf, c\’était des terrains vagues avec de l\’herbe…mais c\’est si loin, que parfois je me dis que j\’ai peut-être imaginé !! 🙂
    Merci de votre passage
    Bon week-end
     
     

  10. anne dit :

    Merci pour cette émouvant retour au Belleville de mon enfance. La deuxième photo de Willy Ronis est prise rue Piat, l\’escalier mène à la Rue Vilin. Je ne reviens jamais dans ce quartier sans un gros serrement de coeur, même si je trouve que la "coulée verte" créée en contrebas est plutôt réussie. En effet, dans la rue Piat, des immeubles de cette époque subsistent, mais celui où j\’habitais et où ma grand-mère a tenu une épicerie autrefois a été rasé dans les années 70.

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