« L’heure d’été  » : encombrant devoir de mémoire.

 

         "L’Heure d’été" 

… un encombrant devoir de mémoire (familiale)…

Sur un sujet a priori plutôt intéressant , à savoir la transmission de la mémoire familiale sous toutes ses facettes, Assayas nous propose un film assez ennuyeux et fort peu émouvant. En dépit d’un casting prometteur et d’une interprétation irréprochable.

Cela dit, ce n’est pas complétement raté, ni totalement inintéressant, mais plus grâce aux échanges de points de vue que ce film  peut susciter que par ses qualités intrinsèques .

Au fond, cette maison n’a rien de très attachant, et la plupart des membres de la famille non plus !

Même la vieille dame magistralement interprétée par Edith Scob ne nous émeut guère, toute confite en dévotion pour l’oeuvre de son oncle défunt et (on le saura à la fin) ex-amant. 

Même  remarque concernant Frédéric (Charles Berling) , bien qu’il semble attaché à cette demeure familiale , mais sa  fidélité mémoriale trouve finalement ses limites lorsque le secret de famille est dévoilé.

Ici, tout encombre, à l’image de l’amoncellement de "beaux objets" auxquels  la famille est peu attachée, sauf à en négocier la vente lucrative. Pesant héritage pour le spectateur comme pour les personnages.

Cette maison, au fond, n’intéresse personne, et son sort peut nous laisser indifférent, à l’exception de deux séquences finales où passe une réelle émotion. Celle dans laquelle on découvre une facette émouvante de cette ado perturbée qui se révèle plus sensible qu’on ne pouvait le croire aux souvenirs d’enfance liés à cette maison et à sa grand-mère. Attachée à une certaine transmission, non pas de l’"objet" en soi, mais d’une complicité, d’une chaleur humaine, lesquelles , à la différence des meubles et immeubles, ne pourront, ni lui être ôtées, ni être vendues.  Expérience inoubliable mais  qu’à son grand regret elle ne pourra transmettre à ses  propres enfants puisque la maison va être vendue.

A l’exception aussi de la vieille servante, sincèrement attachée à ce lieu et aux êtres qui y vécurent. Et belle idée de scénario que ce vase de grande valeur (quoique assez laid !) qu’elle emporte comme un simple et banal souvenir sans valeur matérielle, ignorant que le Musée d’Orsay le convoitait du fait de sa rareté. Et je trouve particulièrement émouvante la séquence où elle essaie en vain de pénétrer une dernière fois dans cette maison, à ses yeux désormais dévastée, voire victime d’un véritable sacrilège.

Dans les deux cas, attachement vrai et essentiel, lien avec les êtres qu’on a aimés, valeur affective et non valeur marchande.

Par ces trop rares séquences vraiment créatives , Assayas prouve qu’il pourrait être un assez bon cinéaste si une certaine critique complaisante ne l’incitait à cette paresse "scénaristique" que bien d’autres cinéastes français cultivent volontiers. Trop de films récents ne sont que des mosaïques de séquences plus ou moins bavardes sans que le scénariste ou le metteur en scène se soucie de construire un véritable récit.

Ou alors, il faudrait le grand talent d’un Tavernier qui, dans Un dimanche à la campagne,  d’inspiration et de sensiblité voisines, nous avait offert une oeuvre lumineuse et réllement émouvante, sachant nous faire partager de petits moments de bonheur, une fine réflexion sur la vie et la mort, sur la création artistique qui peut nourrir et enrichir (au sens spirituel !) une existence, sur la complicité inter-générations… Et proposer des images superbes.  [Ce film avait obtenu  à Cannes en 84 le "Prix de la mise en scène"]

En comparaison avec cette "Heure d’été", on a beaucoup plus qu’une heure de décalage créatif !


Vus aussi  récemment :

 "No country for old men " , du grand cinéma, avec un scénario en béton.  Excellent … mais éprouvant !  

  "Paris".. bof et même bobof. Visible à la rigueur, mais quel amoncellement de clichés !  Excellente Juliette Binoche au demeurant

"Les liens du sang"  Eprouvant aussi !  Beau numéro d’acteurs, surtout l’époustouflant François Cluzet . 


 

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour « L’heure d’été  » : encombrant devoir de mémoire.

  1. Sylvie... dit :

    J\’ai fait travailler mes étudiants sur des bandes annonces de films français, dont l\’heure d\’été, justement cet après-midi!
    Critique décapante, fidèle à toi-même… mais bon, c\’est vrai, le film aurait pu être mieux.

  2. jeanne dit :

    Pas encore vu l\’ Assayas! moins tentée après lecture de ta critique…
    Les frères Coen, j\’ ai vraiment aimé, excellent film!
    Paris, peut-être pour Binoche que je trouve superbe.
    Les liens du sang, je l\’ ai loupé…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s