Analyse d’un chef d’oeuvre : « Hollande au Parc » par Depardon

PALETTES

Analyse d’un chef d’œuvre :

« Hollande au Parc »   par Depardon

 Alain Jaubert n’étant pas disponible, j’ai été chargé de commenter pour « Palettes »  le chef-d’œuvre de Depardon, cette photographie  officielle  à la célébrité fulgurante, puisque,  révélée au public lundi dernier, elle  a déjà fait l’objet de milliers de commentaires enthousiastes.

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 Un homme pose, dans un grand parc. En arrière-plan, éloigné et surexposé, un bâtiment qu’on peine à identifier. Il s’agit du Palais de l’Élysée. La surexposition voulue par l’artiste donne à la façade  une teinte de pastel affadi destinée à mettre en valeur, par contraste, le personnage  en noir qui se tient devant nous .

Ce dernier nous regarde, un léger sourire aux lèvres, l’air vaguement  surpris d’être là. Une surprise, qu’ainsi,  l’artiste nous autorise à partager.

Cadré assez large, l’homme  donne l’impression d’être perdu  dans ce vaste parc.  Un parti pris du célèbre photographe qui laisse libre cours à l’imagination du spectateur, lequel peut meubler ce lieu de personnages ou d’objets  au gré de sa fantaisie. D’ores et déjà, des amateurs  à l’imagination fertile ont répondu à cet intéressant défi, et nul doute que bon nombre de leurs œuvres feront l’objet d’une passionnante exposition.

La composition est étrange,  le personnage n’est pas exactement au centre, mais l’artiste n’a pas pour autant exploité les ressources de la classique dissymétrie « au tiers ».  Dans la partie droite du cliché, donc à  l’extrême gauche du Président, une masse de verdure évoque  discrètement son attachement aux valeurs de l’écologie. On peut s’étonner de l’absence de coquelicots à cet emplacement, lesquels auraient  rendu hommage à une autre composante de la gauche, et constitué un bel effet esthétique à la Monet, mais on connaît la détestation affichée du  nouveau Président à l’égard de l’argent  .

Le visage est mis en valeur par une légère disproportion, grâce à un discret usage de la palette graphique. Est-ce le visage que l’artiste a choisi d’agrandir, ou le reste du corps qu’il a rétréci et amaigri par la même occasion ? On ne sait, mais le procédé est du meilleur effet : la tête ainsi mise en valeur, on perçoit bien que nous avons affaire à quelqu’un qui pense et ne cache pas la très haute idée qu’il se fait de lui-même et, peut-être, de sa fonction.

Bizarrement, cette composition place la tête du Président à cheval sur le bâtiment et sur le ciel. Il eût suffi de se décaler légèrement, sans même l’artifice d’une  contre-plongée, afin que le visage  se détachât sur le ciel.  De la part d’un artiste aussi expérimenté que Depardon, il ne peut s’agir de négligence, tant le reste de la photo est irréprochable ! Serait-ce pour suggérer que l’homme  aspire à une transcendance que  la  seule fonction de Président  ne saurait combler ?

Maintenant, explorons d’autres parcelles de l’image.  A la limite inférieure du  cadrage en  audacieux plan américain  qui donne si fière allure au personnage,  on constate que, cette fois, la braguette est fermée, à la différence d’une autre œuvre photographique publiée naguère par le Parisien. Une interprétation symbolique s’impose, confirmant  d’ailleurs les propos de l’homme politique : il n’y aura pas d’ouverture  au  centre dans ce gouvernement.

On pourrait s’étonner de la présence très discrète des couleurs de la République,  lesquelles ne sont qu’au loin, en banderole, sur la partie gauche de l’image. Si la photo  avait été cadrée de manière moins originale, dans un format plus classique, le drapeau tricolore aurait complètement disparu.  L’image eût alors été  un signal  fort en direction des électeurs communautaristes, mais  aurait pu choquer quelques esprits rétrogrades encore sottement attachés aux valeurs patriotiques.

Nous avons donc affaire à une  œuvre forte,  riche de sens, et cependant  modeste au point de ressembler à une photo d’amateur, comme il a été dit par l’auteur lui-même . Un amateurisme hautement symbolique, ce que ne manqueront pas d’apprécier  tous ceux qui se réjouissent de la présence de M. Hollande, président « normal » dans  ce lieu prestigieux.

Et nul  doute que les 36.000 mairies de France seront fières de fixer à leur cimaise  cette photo exceptionnelle, au-dessus du buste de Marianne à l’effigie de Mme Taubira.

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10 commentaires pour Analyse d’un chef d’oeuvre : « Hollande au Parc » par Depardon

  1. chananna dit :

    Excellent, Charlie !!!!

    • Charlie B dit :

      Merci, Anna. Je me suis bien amusé en rédigeant ce texte
      Et merci au génial Depardon grâce à qui j’ai recouvré l’envie de consacrer un peu de temps à l’écriture sur ce blog.

  2. Dom Dom dit :

    Ah oui les GENTILS COQUELICOTS nouveaux n apparaissent PAS… et c etait bien la peine que Hollande se decarcasse pour maigrir avec Dukan, pour qu au final tu te moques de sa grosse TETE. VOYOU, VA.
    HEU JE SUIS SUR UN CLAVIER GREC ou anglais, mais il n y a pas d accent et les majuscules sont les lettres grecques. ALORS J ARRETE PASSSKE CA M ENERVE mechant. bisou Charlie.

    • Charlie B dit :

      Oh, un MessAge dePUis la GrEce ! C est sYmpa Dom.

      M…, voilà qUe moN cLavieR fAit auSsI Des SieNnes. La fnaC m a vendU un cLavieR GreC ! On ne pEut vrAiment plUs faire cOnfiAnce a personne !

      BiSes

      • Dom Dom dit :

        Bon, ça ne rigole plus Charlie, mon ordi perso est opérationnel maintenant !
        Donc je disais… : ben j’ai pas changé d’avis, na !
        (C’est quand même pas de sa faute -à Depardon- si tous les politiques sont tordus !!!)
        Bisou d’Athènes qui me ravit, car je dois avouer que je n’étais pas séduite d’avance !

    • Charlie B dit :

      Salut, Dom.
      « Epharisto poli » pour ce nouveau message qui sent si bon l’ouzo et les épices pour souvlaki.
      Comme je l’ai dit en com’ sur une de tes photos de F.B., j’ai voyagé pour la première fois en Grèce il y a belle heurette, au cours de l’été 1965 ( c’était encore une monarchie constitutionnelle).
      Du point de vue strictement touristique, ce n’est pas Athènes qui m’a laissé un souvenir impérissable, à part l’Acropole, bien sûr, et le quartier de la Plaka, tous deux vides de touristes à l’époque…
      Mais j’ai gardé un souvenir très fort des événements politiques qui se sont déroulés à l’époque. Le 21 juillet 65, Sotiris Petroulas, un étudiant lambrakiste , avait été tué au cours d’une manif très violente, et tous les soirs, des manifestants surexcités parcouraient les rues du centre ville pour exiger le départ du gouvernement . J’ai conservé dans mes archives un tract ramassé devant l’hôtel.
      Les manifs avaient pris une telle ampleur que je me souviens les avoir entendues un soir, au coucher du soleil, depuis l’Acropole !
      Et en 1967, après deux ans de troubles divers orchestrés par les extrémistes des deux bords, d’incompétence et de corruption gouvernementale (toutes spécialités grecques déjà à l’œuvre à l’époque) ils eurent… les colonels !

  3. LOOFY dit :

    un Charlie en pleine forme dont les mots ont trouvé le juste milieu
    entre ses compétences en photographies et ses idées politiques

    un bel exploit d’équilibre sur le fil que je respecte grandement
    et qui oblige, tout comme cette photographie, à nous questionner
    un peu sur notre représentation de ce monde… avec ses retouches
    ses mises en valeurs, ses erreurs de composition et ses absences

    belle journée 😉

    • Charlie B dit :

      Merci Loofy. J’aime bien ton expression « sur le fil », parce qu’elle correspond exactement à ce que j’avais à l’esprit en rédigeant cet article. « Sur le fil »… du rasoir, afin de ne pas l’être (rasoir !) par un excès de satire explicite.
      J’ai dit dans plusieurs coms sur Facebook, avec arguments à l’appui, tout le mal que je pensais de cette photo. Il était inutile d’en rajouter ici. Et ton commentaire sur F.B. ainsi que celui de Dom, m’ont donné l’idée de traiter le sujet par le biais du pastiche, (qui n’est pas l’apanage de l’humour marseillais), vaguement teinté de parodie.

      Tes compliments me vont droit au cœur, mais il faut reconnaître que Depardon a fait fort, et que c’était un sujet en or massif !

  4. annemarie dit :

    Je cite ici un commentaire paru sur un blog et qui complète bien ton excellente analyse :
    « Sarkozy tout petit avec deux drapeaux immenses : il est président d’abord pour servir la France et l’Europe. Fort symbole. Hollande tout grand avec de tout petits drapeaux délavés dans un coin : l’important c’est Moi, Moi Moi. Fort symbole inversé. D’autant qu’ils sont physiquement du moins, de la même taille. »
    J’ajoute pour mon compte qu’il me fait penser au majordome anglais dans le parc du château, avec sa raie bien sage, ses lunettes minimalistes et son sourire présent-absent… Eh, eh ! semble-t-il dire, rira bien qui rira le dernier.
    Et as-tu remarqué que la pose fait que le bras gauche est plus court que le droit ? Comment interpréter ? à moins qu’il ne soit gaucher ?

    • Charlie B dit :

      Merci, Anne-Marie, pour cette citation fort pertinente.
      Quant au bras plus long que l’autre, c’est une preuve supplémentaire de l’immense talent de l’artiste.
      Et la main droite apparaît beaucoup plus grande, par la même occasion. J’y vois comme un lapsus visuel révélateur : l’idéologie “bobo” privilégie la main droite quand il s’agit d’empocher du fric, mais tend la main gauche de la bonne conscience pour glisser le bulletin dans l’urne.

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