Finkielkraut, à propos de la politique française de « désintégration »…

Dans l’émission « Des paroles et des actes », sur France 2, le jeudi 6 février 2014, Finkielkraut nous a livré quelques analyses remarquables à propos de l’intégration (ou plus précisément de son absence !), en réplique aux propos « délicatement boisés » de Manuel Valls .

J’ai effectué la saisie intégrale de son intervention…

« La France est aujourd’hui confrontée à un phénomène sans précédent, c’est à dire le refus de l’intégration par un nombre non négligeable de ses bénéficiaires. On en a pris conscience avec l’affaire du voile, cela a été confirmé avec la découverte des territoires perdus par la République, avec un rapport d’inspecteur d’académie faisant état du refus d’étudier un certain nombre de matières, d’étudier le Moyen-Age, d’étudier les cathédrales, dans certains lycées des quartiers difficiles.

Face à ce phénomène, la question est de savoir comment réagit aujourd’hui le gouvernement. A mes yeux, il réagit de manière très inquiétante, parce qu’il dit que le problème, ce n’est pas le refus de l’intégration, c’est le programme de l’intégration lui-même, dans la mesure où l’on introduit une discrimination entre ceux qui auraient à devenir Français et ceux qui le sont déjà.

J’en veux pour preuve les rapports qui s’accumulent, ainsi, le rapport de Thierry Tuot qui nous dit que l’intégration doit être remplacée par un nouveau paradigme, une société inclusive et solidaire, qui nous dit que la France doit cesser de se replier sur la célébration de ses archaïsmes pour s’ouvrir à la nouveauté du monde. Le gouvernement a certes pris ses distances avec les rapports qui ont suivi ; dont l’un nous disait que le français n’était rien d’autre que « la langue dominante d’un pays plurilingue ». Mais un nouveau rapport existe aujourd’hui : c’est une feuille de route du gouvernement sur la politique d’intégration. Et cette feuille de route remplace carrément, me semble-t-il, l’exigence d’intégration par la lutte contre les discriminations.

Toutes les mesures qui sont prises visent non à mettre la diversité aux normes de la France, mais la France aux normes de la diversité. Et là, j’ai le coeur serré, parce que, face à une ultra-droite nationaliste, et qui pensait que la civilisation française était réservée aux Français de sang et aux Français de souche, la gauche, ce fut l’intégration, c’est à dire l’offrande du trésor de la civilisation française à tous ceux qui venaient vivre sur le sol de la France. Jean Daniel a défendu dans son livre « Comment peut-on être Français » cette idée de l’intégration, cette idée de la gauche avec une véhémence inquiète. Il avait raison d’être inquiet.

Aujourd’hui, il me semble que Manuel Valls incarne cette gauche de l’intégration, mais il est dans un gouvernement qui a choisi l’autre voie. Un gouvernement pour lequel l’hospitalité, ce n’est pas l’intégration, l’hospitalité c’est la remise en cause de la préséance de la culture du pays d’accueil sur les cultures minoritaires, sur les cultures étrangères, et je me demande, Manuel Valls, si vous pourrez faire autre chose, dans votre situation, qu’entériner cette mutation civilisationnelle que tant de gens à gauche encouragent, au mépris de la grande tradition de la gauche…

On va vous expliquer aujourd’hui, par une réécriture frénétique de l’Histoire, que la France,c’est la diversité toujours, et donc, on propose « d’engager un travail de repérage des héros oubliés de l’ Histoire de France issus de l’immigration , combattants de la République, scientifiques, artistes, grands sportifs, sur la base de petits films courts qu’il faudra diffuser de manière hebdomadaire sur France Télévision » . On propose de renouveler les programmes d’Histoire pour créer un autre Panthéon, comme s’ il était établi que ceux qui viennent en France ne l’aiment pas pour elle-même, mais pour s’y retrouver. Les Italiens, pas pour Prévert ou pour l’auteur des « Feuilles mortes », mais pour Yves Montand . C’est ridicule !

Il devrait être possible pour la France d’assumer ce qu’elle a de spécifique, ce qu’elle a d’original, sans se plier au diktat de la diversité. Je vais prendre un autre exemple. Aimé Césaire, le grand poète d’un « Cahier du retour au pays natal » est devenu ce grand poète parce qu’il a bénéficié d’une éducation classique dans un pays qui aimait sa langue et qui voulait l’enseigner par la littérature, et non parce qu’il avait vu des petits clips imbéciles de ce type. Et, aujourd’hui, cette vision de l’enseignement est en train de disparaître et donc on ne se donne pas les possibilités que de nouveaux Aimé Césaire émergent ; mais on réinvente l’Histoire de France, avec cette idée que la diversité ne peut aimer qu’elle-même. Et je crois que ce n’est pas comme ça qu’il faut raisonner.

Un travail pédagogique qui réécrirait l’Histoire de France à la lumière de ce qu’on croit être l’actualité ne serait pas un travail pédagogique mais une œuvre de propagande. Je ne veux pas que la France, son enseignement et sa télévision deviennent l’Union Soviétique de l’antiracisme sans cervelle ! Il y a une autre manière d’accueillir l’autre, et c’est précisément de lui faire bénéficier des trésors de notre civilisation.

Je crois que le problème de l’intégration doit être envisagé de manière globale, et pas seulement en traitant de l’immigration. Je vais citer un auteur qui me paraît capital sur toutes ces questions, Hannah Arendt : dans « La crise de l’éducation », un texte de 1960 qui n’a pas pris une ride, elle dit qu’ un enfant n’est pas simplement, comme toute créature vivante, un être en devenir. C’est aussi un nouveau venu dans le monde. L’éducation doit aussi intégrer ce nouveau venu dans un monde qui est plus vieux que lui, donc l’éducation est tournée vers le passé.

Or, il me semble que cette idée générale de l’éducation, qui doit intégrer tout le monde, justement dans ce vieux monde, est en train de disparaître, parce qu’on nous explique que ce vieux monde n’est finalement qu’un réservoir de stéréotypes et qu’il faut donc inculquer l’art de vivre et non pas apprendre le monde aux enfants . Alors, je n’entre pas dans les querelles du « genre », mais on nous explique que le masculin et le féminin, ce sont des stéréotypes ; donc on réécrit les contes, mais c’est toute la littérature -et la poésie notamment- qui est inspirée par cette différence du masculin et du féminin.

L’un des phénomènes les plus étranges de notre temps, c’est que nous avons affaire aujourd’hui à un nouveau type d’humain : l’enfant ou l’adolescent « goguenard », qui a biberonné à la dérision grâce à l’industrie du divertissement, qui pense avec Internet qu’il n’a besoin de personne pour accéder au monde, et qui pense que la démocratie, c’est l’égalité de tous les goûts, de toutes les pratiques. Donc, « on ne la lui fait pas ! « 

Et cet adolescent goguenard, l’éducation devrait le convertir à l’humilité, pour lui apprendre quelque chose. Elle ne le fait pas. Elle renforce sa suffisance, puisqu’elle lui dit que, de toute façon, ce vieux monde est une nuit préhistorique où les hommes n’étaient pas vêtus de bêtes, mais où ils étaient bêtes, farcis de stéréotypes, imbus de préjugés ; et on lui dit : nous allons changer les mentalités. Et moi, je me demande alors si, à l’allure où nous allons, nous intégrerons qui que ce soit dans le monde, puisque de ce monde nous sommes invités à nous détourner pour une civilisation libérée de tous les stéréotypes.

Il faut que la France soit généreuse, mais il faut qu’elle ait quelque chose à offrir, notamment sa langue, enrichie par la littérature. Quand Lévinas est venu en France, il a appris le français par Corneille. Il a dit : « Pour moi, le sol de la France, c’est cette langue et , en 1939, j’ai même cru qu’on faisait la guerre pour défendre le français « 

Alors , qu’on ne nous dise pas que « le français, (qui est aujourd’hui tellement anémié, dont la syntaxe se défait et qui perd de plus en plus de vocabulaire), est la langue dominante d’un pays plurilingue ».

Soyons fidèle à l’ordonnance de Villers-Cotterets, le français c’est la langue du royaume ».

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2 commentaires pour Finkielkraut, à propos de la politique française de « désintégration »…

  1. Charlie B dit :

    A une exception près (pour l’instant), ces propos de Finkielkraut que j’ai aussi publiés hier sur mon mur F.B. ont été approuvés, notamment via courriels, par mes relations et amis virtuels ou réels, même par les sympathisants de gauche !
    Cette approbation confirme à mes yeux que Finkielkraut parle souvent juste, (du moins sur ce type de sujet !) , et la violence des attaques contre lui en est la meilleure preuve.
    Cette « exception » les a trouvés « agaçants  » , »hermétiques » et  » méprisants ».
    Je lui ai répondu ce qui suit.

    Ce qui peut agacer certains, qui ne veulent pas admettre, par aveuglement militant, qu’il y a un réel problème, c’est justement sa lucidité concernant une menace de désintégration à laquelle notre pays est confronté. Et ce n’est pas avec un tel aveuglement qu’on fera reculer le votes pour le F.N. A moins, ce que je crois, que le pouvoir socialiste n’accumule les provocations pour instrumentaliser les votes du F.N. en vue des élections prochaines et ultérieures. Pratique sournoise que Mitterrand avait magistralement orchestrée jadis, comme tout le monde l’admet aujourd’hui.

    Quant à « l’antiracisme sans cervelle », la pertinence de la formule se vérifie chaque jour. Dernière preuve en date, les deux membres du conseil national du PS , Mehdi Ouraoui, ancien directeur de cabinet d’Harlem Désir et Naïma Charaï, présidente de l’Agence national pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE) qui ont saisi le C S A. Dans une lettre envoyée à son président, ils qualifient l’intervention d’Alain Finkielkraut « d’inacceptable » et « dangereuse ». Ils s’inquiètent précisément de l’usage par le philosophe de l’expression « Français de souche », « directement empruntée au vocabulaire de l’extrême droite ».
    C’est vraiment n’importe quoi ! Quel républicain sincère , de gauche ou de droite, pourrait approuver cette forme de terrorisme intellectuel de plus en plus à l’œuvre dans ce qui ressemble de moins en moins à une démocratie ?

    Pour en revenir aux propos de Finkielkraut, je trouve le passage concernant l’arrogance ignare et la « goguenardise » de la jeune génération, du moins d’une bonne partie d’entre elle, d’une remarquable pertinence. L’ex-professeur que je suis – qui a bénéficié de la promotion sociale de l’Éducation Nationale offerte à l’époque aux enfants de familles modestes dont je faisais partie – s’en désole et s’en inquiète. D’autant que cela concerne, notamment, les jeunes les plus soumis aux risques de dérives de toutes sortes.

    Alors même que s’en sortiront toujours les enfants des familles les plus favorisées, par exemple des professeurs, des bobos lecteurs du futur-ex « Libé » ou de Télérama Les mêmes qui dénoncent le racisme tout en préservant soigneusement leurs enfants des écoles où la « diversité » serait un peu trop présente et préjudiciable. Exaspérante gauche « olfactive » qui n’a que le mot « nauséabond » à la bouche pour dénoncer tout ce qui remet en cause son conformisme militant, qui dénonce le racisme des « petits blancs » mais fuit comme la peste les quartiers « sensibles » si chers à leur idéologie immigrationniste …où ils ne mettront jamais les pieds.

    Alors oui, vraiment, Finkielkraut a parfaitement raison, si l’on s’en tient, sans procès d’intention, à cette intervention précise, et le fait que des électeurs de François Hollande l’admettent ne peut que me réjouir.
    Je pense que cela prouve une évolution capitale dans l’opinion publique strictement républicaine . Non pas vers des idées « nauséabondes », comme le disent les « sans cervelle » psittacistes du pseudo-antiracisme subventionné ou non, (même si l’on peut constater par ailleurs d’inquiétantes dérives dans notre pays, pour d’autres raisons ), mais vers une prise de conscience des problèmes bien réels auxquels les citoyens de notre notre pays devront impérativement trouver des solutions. Et ce, quelle que soit leur sensibilité politique.

    Sans quoi, je crains bien que nous ne courions à notre perte, au profit des totalitarismes de tous poils.

  2. chananna dit :

    Dommage, on ne peut pas juste dire j’aime ici … On devient paresseux avec facebook …
    Si tu veux t’énerver :
    http://www.arte.tv/guide/fr/049880-095/28-minutes
    Tu peux aller directement à 10’57 …

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