Le mystère de la « Chambre rouge » de Félix Vallotton.

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Au cours de la visite de l’expo  du Grand Palais  consacrée à Félix Vallotton,  un détail de cette toile m’a particulièrement intrigué. Il s’agit  des rideaux destinés à masquer le miroir (?) , dont la fonction m’ a  paru étrange et mystérieuse. Au cours des échanges avec d’autres visiteurs, (des visiteuses, au demeurant,  tout autant intriguées  ), j’ai suggéré une interprétation symbolique, Vallotton étant coutumier, me semble-t-il, de ce genre de clin d’œil  à  connotation érotique.

Par exemple,  je pense que « La Paresse » pourrait s’intituler « La caresse » pour des raisons que vous pourrez aisément imaginer…en vous  référant à la polysémie du mot « chatte » !

Vallotton_La paresse -1896Autre exemple dans « La Salamandre  » …

Image… où la rime visuelle en symétrie  des fesses et du poêle suggère clairement à mes yeux  le « feu aux fesses ». Et on pourrait certainement  trouver d’autre exemples au sein ( !) des nombreuses œuvres (1700  peintures ou gravures !   )  de Vallotton

Comme quoi, cela peut servir,   parfois, de ne pas être seulement « obsédé textuel » !

Mais revenons à nos rideaux et à la « Chambre rouge« . Les personnages sont manifestement des amants, (il est douteux qu’il s’agisse d’ une prostituée et de son client, compte tenu du décor « bourgeois »).  Ces rideaux insolites  pourraient suggérer métaphoriquement le fait que l’adultère impose de cacher ce qui ne saurait être vu,  et/ou de mettre le sentiment de culpabilité entre les parenthèses … des rideaux .

En outre, plusieurs d’entre nous ont remarqué que les reflets ne semblaient pas correspondre aux objets du premier plan, alors qu’un des chandeliers se reflète dans ce qui semble bien être un miroir et non une vitre.   Artifice, comme le fait d’avoir supprimé un bras du fauteuil pour ne pas empiéter sur la forme géométrique de la cheminée ?

L’une des deux commissaires de l’expo a fait ce commentaire à propos de ce tableau  : « sur la cheminée un buste de Vallotton lui-même, posé devant un tableau de Vuillard que Vallotton venait d’avoir, et qui représente une scène autour de l’adultère. »

OK pour le buste de Vallotton.
Quant au tableau… J’avais repéré  à droite une forme féminine qui, en effet, pourrait faire penser à un tableau de Vuillard. Ce qui expliquerait aussi que l’hypothétique reflet ne corresponde pas au premier plan.

Mais quid du reflet du chandelier de droite ? Pour moi, ça ne colle pas vraiment !

Et quand bien même il s’agirait  d’un tableau, une question demeure : quelle est la fonction de ces rideaux ? Il ne s’agit pas de « l’Origine du monde »  de Courbet, quand même !

Quoi qu’il en soit, si l’un des objectifs de Vallotton était de nous intriguer, il doit jubiler dans sa tombe… sans se retourner.

Et pour paraphraser une citation célèbre : le presbytère  n’a rien perdu de son charme… ni le rideau de son secret !

Vous trouverez dans la colonne de droite un lien vers l’album de  photos  (autorisées !) que j’ai prises au cours de la visite de cette exposition. Ne pas utiliser le diaporama si vous souhaitez lire les titres et les dates.

Et en commentaire ci-dessous, quelques infos glanées au cours de la passionnante conférence donnée par  Gilbert Croué au Musée de Grenoble, en septembre 2013, à l’occasion de cette exposition.  Musée qui, d’ailleurs, possède une des œuvres majeures de Vallotton , laquelle figure en couverture de plusieurs magazines ou livres consacrés à cette expo. Il s’agit de « Femme nue assise sur un fauteuil rouge » dont j’ai placé la photo en tête de l’album et que voici :

Vallotton-Femme nue sur un fauteuil-1897_Musée de Grenoble

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4 commentaires pour Le mystère de la « Chambre rouge » de Félix Vallotton.

  1. Charlie B dit :

    Je complète par quelques infos notées au cours de la conférence de Gilbert Croué, au musée de Grenoble, en septembre 2013…

    Le premier dessin connu est, en 1884, un portrait de sa mère, au fusain, qui exploite d’emblée le contraste entre ombre et lumière, une caractéristique majeure de son œuvre.
    Ses débuts furent difficiles ; c’est grâce à son frère, qui avait une galerie, que Vallotton, put diffuser ses premières œuvres. Mais sans succès. Pour survivre, il écrivit des articles dans la Tribune de Lausanne et se lança dans la gravure sur bois, dont la réalisation était beaucoup moins onéreuse que la peinture. Il obtint alors un grand succès en tant que graveur novateur, en Suisse, mais aussi dans toute l’Europe, notamment en Allemagne et en France.

    Il applique la technique de la gravure à la peinture, mais sans jamais renoncer à la première. Un de ses thèmes favoris, celui de l’ « intimité » [je pense qu’il faut comprendre le terme ironiquement, compte tenu de son point de vue pessimiste et misogyne sur les relations entre hommes et femmes !] sera traité tant en peinture qu’en gravure.
    A propos de Gabrielle, fille du marchand d’art Bernheim, une veuve qu’il décide d’épouser avec (malgré !) ses trois enfants, il avait écrit à son futur beau-père : « Je prends la veuve et les trois enfants, et vous, vous prenez ma peinture » ! [Un beau mariage d’amour, donc !] Grâce à quoi il va pouvoir vendre de nombreuses œuvres, s’embourgeoiser et s’installer dans un luxueux hôtel particulier avenue du Bois.
    Ses amis anarchistes rompent alors avec lui, lui reprochant une trahison sociale et politique. Vallotton soutiendra néanmoins Dreyfus et Zola.

    C’est la période de sa vie où il produit ses œuvres les plus audacieuses [mon grain de sel : « La salamandre » en offre un excellent exemple, avec sa composition complexe, le jeu des couleurs et une malicieuse « rime visuelle » à vocation métaphorique, qui témoignent d’une parfaite maîtrise de son art. Voir aussi dans mon album photos : « Nuit antique » qui figure parmi mes tableaux préférés de cette période]

    Ses nombreux paysages en vue plongeante sont influencés par la pratique de la photographie.
    Il partage ses sensations visuelles en peignant ses toiles en atelier à partir de petits croquis réalisés au cours de ses promenades. Pour lui, la peinture est une « recréation du monde ». Par un travail d’abstraction dans la peinture, le souvenir supprime l’anecdotique pour aller vers l’abstraction des formes. Le privilège du peintre, c’est de montrer un autre monde qui n’existe que par la peinture, « une peinture dégagée de tout respect littéral de la nature » dit Vallotton

    Une dernière remarque : on a dit que Vallotton avait pu influencer Hopper. Quand on a vu les deux expos, cela semble plausible, voire probable. Mais une influence est indéniable : celle sur Tardi, le dessinateur de BD .

  2. Charlie B dit :

    Une idée me vient à l’esprit en revoyant à l’instant le tableau de Vallotton : et si les rideaux étaient destinés à protéger de la chaleur de l’âtre ce qui serait effectivement un tableau de Vuillard sur la cheminée ? C’est un peu « tiré par les rideaux », je le reconnais, mais cela pourrait justifier cette présence insolite.
    Cela dit, au risque de me répéter : comment expliquer le reflet du chandelier qui laisse supposer la présence d’un miroir ?
    Je n’ai donc pas de raison de modifier le titre de l’article : il y a bien un mystère dans cette « chambre rouge » !

  3. Charlie B dit :

    Pour les amateurs de curiosités littéraires : « La vie meurtrière« , roman de Félix Vallotton en version e-book : http://www.ebooks-bnr.com/vallotton-felix-la-vie-meurtriere/

  4. chananna dit :

    Mais où est passé Charlie ?

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